Connu pour son franc-parler mais aussi ses dérapages verbaux, M. Aso a entrepris ces dernières années, avec succès, de polir son image pour mieux passer auprès de l'opinion.
Depuis qu'une équipe de télévision l'a "surpris" en train de dévorer une bande dessinée en attendant son avion, il s'est présenté comme un "otaku" parmi des millions d'autres, fana de bande dessinée et de culture "pop" (mode, jeux vidéo, musique populaire).
M. Aso a créé le premier "Prix international du manga", se déguise en Humphrey Bogart lors d'un rassemblement de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est, lançant aux diplomates ébahis: "Je vous ai à l'oeil, les jeunes!"
Mieux, il tient meeting dans le temple des "otakus", le quartier branché d'Akihabara à Tokyo, lors d'une campagne avortée pour conquérir le pouvoir l'an passé.
Juché sur le toit d'une camionnette, il se présente aux jeunes passants comme un des leurs: "Habitants et ados attardés et fiers de l'être d'Akihabara, je suis Taro Aso!". "Grâce aux otakus, la culture populaire japonaise peut déferler dans le monde entier. Nous pouvons en être fiers!", lance-t-il par haut-parleur.
Dans un pays où un ministre des Affaires étrangères a très sérieusement nommé un personnage fictif, le chat du futur Doraemon, ambassadeur du dessin animé japonais, la stratégie fait mouche.
M. Aso s'attire la sympathie d'une frange des "otakus" et sa popularité monte en flèche dans la jeunesse.
"Les gens se sentent proches de Aso", estime Kyoji Yamaguchi, un producteur de théâtre de 31 ans habitué du quartier d'Akihabara. "Ils pensent qu'Aso partage l'état d'esprit des gens ordinaires, parce qu'il affirme lire des bandes dessinées chaque semaine comme n'importe quel salarié japonais".
La lecture des mangas, des bandes dessinées souvent faciles à lire, constitue un passe-temps favori de millions de Japonais, dans le métro, les cafés et même les supérettes de quartier où elles sont vendues.
"C'est l'un des rares politiciens qui comprenne les otakus", renchérit Rei Nekomi, un psychiatre qui arpente Akihabara déguisé en serveuse, un bandeau du chat rose, un personnage de manga, autour de la tête.
"J'espère qu'il pourra améliorer l'image des otakus et permettre à plus de gens de comprendre la culture populaire".
Un magasin du quartier a placé en vitrine des caricatures version "manga" de M. Aso et de l'ancien Premier ministre Yasuo Fukuda, aux côtés de gâteaux et tee-shirts à l'effigie de personnages de BD.
"Le Fukuda s'est bien vendu dans les jours qui ont suivi sa démission, mais l'Aso fait mieux depuis", rapporte le tenancier de la boutique, Norikazu Kurosou.
"Nous continuerons de réserver les meilleures places aux marchandises +Aso+ car il devrait continuer de focaliser l'attention dans les temps qui viennent", prévoit-il.
Les "otakus" restent néanmoins des citoyens et des travailleurs comme les autres, et nombre d'entre eux espèrent que le nouveau chef du gouvernement améliorera la situation de l'emploi.
"Ma principale inquiétude, c'est comment garder mon boulot", explique Akihiko Matsumura, un travailleur temporaire de 28 ans.
Il souligne que les "conditions d'emploi sont de plus en plus dures" et espère que M. Aso lancera des mesures pour sécuriser les emplois
précaires.
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Le
budget de l’Etat japonais pour l’année d’avril 2009 à mars 2010 risque de pâtir du coût plus élevé de la dette publique et d’une hausse des dépenses sociales, ont affirmé mardi les médias
japonais, de sources gouvernementales non précisées. Les demandes de crédits pour l’année prochaine, que les ministères et agences doivent formuler avant la fin du mois, se montent à 85.690
milliards de yens (530 milliards d’euros), selon plusieurs journaux nippons, à comparer à un budget initial de 83.060 milliards de yens pour cette année. D’après les médias, l’augmentation des
besoins budgétaires tiendrait essentiellement au coût de la dette qui s’élèverait en 2009-2010 à quelque 22.400 milliards de yens (en hausse de 2.200 milliards sur un an), "les prévisions prenant
en compte une progression des taux d’intérêt à cause de l’inflation". L’endettement du Japon est proportionnellement le plus élevé des pays développés, atteignant en 2007 environ 180% du produit
intérieur brut (PIB), à cause de nombreux plans de relance économique mis en oeuvre pour redresser le pays après l’éclatement de la bulle immobilière et financière lors de la précédente décennie.
Le ministre des Finances, Bunmei Ibuki, devrait arbitrer avec sévérité les requêtes des ministères et agences avant d’établir un projet budgétaire, d’autant que les recettes d’impôts tendent à
baisser sur fond de ralentissement économique. Le gouvernement, qui prépare actuellement un nouveau programme de soutien à l’économie, veut éviter dans la mesure du possible d’alourdir encore la
dette. M. Ibuki a souhaité que l’Etat n’ait pas à émettre de nouvelles obligations pour financer le paquet de mesures à l’étude, lesquelles sont destinées à aider les secteurs touchés par
l’inflation des prix du pétrole et des matières premières et à dynamiser la consommation intérieure.