Largement épargnée par la crise financière mondiale, la méga-banque japonaise Mitsubishi UFJ a annoncé lundi son intention de voler au secours de sa consoeur américaine en détresse Morgan Stanley, dont elle va acheter jusqu'à 20% du capital pour près de 6 milliards d'euros.
Au même moment, une autre grande institution financière japonaise, la maison de courtage Nomura Holdings, annonçait le rachat de toutes les activités en Asie-Pacifique de la banque d'affaires américaine en dépôt de bilan Lehman Brothers et la réembauche de chacun de ses 3.000 employés dans la région.
Mitsubishi UFJ Financial Group, la plus grosse banque du monde en termes d'actifs, a signé avec Morgan Stanley une lettre d'intentions en vue d'acquérir entre 10% et 20% de son capital et de former "une alliance stratégique mondiale", et ce "dès que possible", a-t-elle affirmé dans un communiqué.
Un responsable de Mitsubishi UFJ a ensuite précisé que le montant de la transaction serait vraisemblablement compris entre 400 milliards et 900 milliards de yens (2,6 et 5,8 milliards d'euros).
Fondée en 1935 et forte de quelque 50.000 employés, Morgan Stanley est, avec Goldman Sachs, une des deux dernières banques d'affaires de Wall Street à ne pas avoir été avalée ou déclarée en faillite.
La semaine dernière, en pleine panique boursière, ces deux banques avaient été très attaquées sur les marchés. Les rumeurs s'étaient multipliées sur une possible fusion de Morgan Stanley avec une banque commerciale comme Wachovia, ou sur une alliance avec un fonds souverain chinois.
Pour se mettre à l'abri, Morgan Stanley et Goldman Sachs ont en outre troqué leur statut de banques d'affaires pour celui de holdings. Elles seront ainsi habilitées à recevoir des prêts d'urgence de la Réserve fédérale (Fed), en contrepartie de règles de fonctionnement et de surveillance plus strictes.
L'entrée en scène de Mitsubishi UFJ, un géant né en 2005 de la fusion entre les banques Mitsubishi Tokyo et UFJ, constitue une surprise.
"Cette alliance stratégique avec Mitsubishi UFJ peut placer Morgan Stanley dans une position encore plus forte, car nous pourrons saisir des occasions sur des marchés financiers en rapide mutation", s'est félicité dans un autre communiqué le PDG de la banque américaine, John J. Mack.
Egalement lundi, Nomura Holdings a annoncé le rachat de toutes les activités en Asie-Pacifique de Lehman Brothers, qui a déposé son bilan le 15 septembre. Le montant de la transaction, non dévoilé officiellement, atteint 225 millions de dollars,
selon Dow Jones Newswires. Nomura est également sur les rangs pour la reprise des activités de Lehman en Europe, en concurrence avec la britannique Barclays qui a déjà repris les actifs américains.
Les banques japonaises, dont beaucoup avaient frisé l'effondrement lors d'une crise financière dans les années 1990, ont traversé depuis une douloureuse phase de consolidations et de restructurations. Elles sont également devenues allergiques aux investissements hasardeux, et ont évité de trop s'exposer aux crédits à risques immobiliers américains "subprime".
La crise actuelle constitue, pour elles, une excellente occasion de redevenir des acteurs de premier plan sur la scène économique mondiale.
"Les institutions financières japonaises sont peu affectées par la crise du subprime et sont relativement riches en trésorerie par rapport à leurs rivales étrangères", explique Masatoshi Sato, stratège chez Mizuho Investors Securities.
"Il est réaliste de penser que des entreprises japonaises, comme Nomura, vont saisir l'occasion pour acheter des actions et faire des affaires avec des concurrentes en difficulté, afin d'accroître leurs opérations à l'étranger", fait-il remarquer.
"Les affaires que nous achetons sont extrêmement efficaces et sont dotées d'excellents cadres et personnels", s'est d'ailleurs félicité le PDG de Nomura, Kenichi Watanabe, selon qui "c'est une occasion qui ne se présente qu'une fois par génération".
Le
budget de l’Etat japonais pour l’année d’avril 2009 à mars 2010 risque de pâtir du coût plus élevé de la dette publique et d’une hausse des dépenses sociales, ont affirmé mardi les médias
japonais, de sources gouvernementales non précisées. Les demandes de crédits pour l’année prochaine, que les ministères et agences doivent formuler avant la fin du mois, se montent à 85.690
milliards de yens (530 milliards d’euros), selon plusieurs journaux nippons, à comparer à un budget initial de 83.060 milliards de yens pour cette année. D’après les médias, l’augmentation des
besoins budgétaires tiendrait essentiellement au coût de la dette qui s’élèverait en 2009-2010 à quelque 22.400 milliards de yens (en hausse de 2.200 milliards sur un an), "les prévisions prenant
en compte une progression des taux d’intérêt à cause de l’inflation". L’endettement du Japon est proportionnellement le plus élevé des pays développés, atteignant en 2007 environ 180% du produit
intérieur brut (PIB), à cause de nombreux plans de relance économique mis en oeuvre pour redresser le pays après l’éclatement de la bulle immobilière et financière lors de la précédente décennie.
Le ministre des Finances, Bunmei Ibuki, devrait arbitrer avec sévérité les requêtes des ministères et agences avant d’établir un projet budgétaire, d’autant que les recettes d’impôts tendent à
baisser sur fond de ralentissement économique. Le gouvernement, qui prépare actuellement un nouveau programme de soutien à l’économie, veut éviter dans la mesure du possible d’alourdir encore la
dette. M. Ibuki a souhaité que l’Etat n’ait pas à émettre de nouvelles obligations pour financer le paquet de mesures à l’étude, lesquelles sont destinées à aider les secteurs touchés par
l’inflation des prix du pétrole et des matières premières et à dynamiser la consommation intérieure.